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Edito JANVIER 2020

Bonne année 2021 !

Je vous souhaite une bonne année 2021, un verre d’eau à la main*, avec la promesse que cette fois, elle sera bonne, pour que cette terrible et cauchemardesque année 2020 soit enfin dernière nous.

Il faut dire que l’année 2020 avait mal commencé avec la réforme des retraites qui a fini par passer en dépit de la résistance et de la mobilisation extraordinaire des travailleurs… La grève a duré deux mois, de décembre 2019 à fin janvier 2020, vous vous en souvenez ! Que de kilomètres à pied ! On a marché en vain, car, après des semaines de conflit contre une réforme injuste, dictée par de prétendues économies, l’Etat a procédé à une multitude d’accommodements, de spécificités pour ne plus dire « régimes spéciaux » (la police a été servie en premier bien entendu), il a divisé les syndicats, épuisé les derniers grévistes. Tout cela pour une fausse retraite universelle. Chacun pour soi et Jupiter pour tous. Après le pourrissement et les accommodements, l’Etat pouvait célébrer, modestement, la victoire totale du libéralisme. La seule bonne nouvelle, c’est que de marcher nous a maintenu en forme.

Et puis, le mois de mars est arrivé avec la grêle qui a détruit presque tout le vignoble de Champagne (*verre d’eau à la main), mauvais présage, disait-on du côté d’Epernay !
Oui, vent mauvais ! C’est la faute à personne ! En tout cas on l’a bien eu notre raz-de-marée électoral du Rassemblement National aux municipales, plus de 190 communes de plus de 3500 habitants pour l’extrême droite, ça c’était une peu attendu, mais les victoires à Perpignan, Sète, Cavaillon, Marseille, Grasse, Menton, et j’en passe… Le couscous aussitôt interdit dans les cantines scolaires de Perpignan. Marine Le Pen qui saute comme un bouchon dans les eaux du vieux port, oh, bonne mère ! Des lâchés de cochons dans les rues des communes du Gard, entraînant un exode massif des communautés musulmanes, juives et des vegans (passé sous silence dans la presse locale), vers des villages protestants en ruine, perchés dans les coins reculés des Cévennes.

Et dans le monde, le dérèglement climatique devenu une triste habitude. En janvier, j’ai, au début, ri des touristes obligés d’interrompre leurs vacances en Australie, par la faute du gigantesque incendie de forêt qui a ravagé pendant des mois le pays, mais quand les autorités ont maintenu le feu d’artifice qui rapporte des millions, et que les habitants ont applaudi, là je me suis dis que le monde marchait sur la tête (l’Australie étant dans l’hémisphère sud, ça ne m’étonne pas). Ont suivi des inondations partout, des cyclones à répétition, la neige sur les pyramides de Gizeh (ce n’était plus une fake new), les records de chaleur à Dunkerque en juillet avec, pour conséquence, des vagues d’Anglais tout blancs, tout nus, la peau grêlée, fuyant le Brexit de Bo Jo, sans accord, sans rien ; fuyant l’Angleterre déchirée, noyée sous des trombes d’eau, se ruant sur les plages ensoleillées du Nord-Pas-de-Calais, entraînant la flambée du prix de la bière. Seul point positif : des permis de travail accordés en urgence par Castaner aux migrants de Calais pour qu’ils servent de la bière sur les plages, et oui, c’étaient les seuls à résister à cette chaleur, on dit merci qui ? Merci Christophe). En août, se privant de vacances, la petite Greta sur son bateau à rames, écumait les eaux du monde entier, s’époumonant dans un vide abyssal, la ligne d’horizon qui se tord devant ses grands yeux bleus pâles ; derrière elle, des ours blancs aux regards désespérés, agglutinés sur des glaçons. Cette photo (là c’était une photo truquée) a ému la communauté internationale, même Michel Onfray a versé sa larme salée.

Tout le long de l’année, la marche funèbre a martelé sa triste mélodie : les fascistes se sont installés au pouvoir en Roumanie, en Croatie, en Moldavie, précédant l’incroyable retour de Salvini, dans un silence complice de Macron et de Merkel, l’Europe prenait l’eau saumâtre de toute part, et on a continué à regarder ailleurs, surtout pas chez soi.
Et enfin, la cherry sur le baba, j’ai du mal à l’écrire, pour finir en beauté l’année 2020, Trump réélu dans un fauteuil tendu de soie rouge pour quatre ans. Il n’y a que la mort accidentelle, en septembre, de Bolsonaro, en allumant un barbecue en pleine forêt amazonienne (je sais, ce n’est pas bien de se réjouir de la mort d’une personne) qui m’a réchauffé le cœur gelé.

Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai décidé de maintenir coûte que coûte la création du Lycanthrope, malgré les difficultés pour monter une production. J’avais vraiment besoin de pousser un cri de colère, de dénoncer les inégalités qui augmentent en France et partout dans le monde autant que le salaire de Bernard Arnault. Liberté, Égalité, Dignité. Quand les peuples auront-ils le droit de choisir leur avenir ?
C’est pour cela que cette nouvelle création mêle les mots à la danse, car, dans ma bouche, les mots sont fatigués, il ne reste que le corps pour dire l’espoir, l’Homme est une vague qui cherche le rivage.
Les répétitions ont bien avancé malgré ce mois de décembre glacial, moins 20 degrés à Paris, le record de janvier 1985 est battu, certains s’en souviennent peut-être, quelqu’un avait mis une chapka sur la tête de la statue de la place de la République.

Dans une scène de l’Opérette morali de Giacomo Léopardi, le grand poète italien du XIXe siècle, un vendeur d’almanachs arrête un passant dans la rue. L’homme veut bien en acheter un mais à une condition, que le vendeur réponde à cette question : voudriez-vous revivre votre vie avec les bonnes et les mauvaises années ?
Je sais ce que j’aurais répondu moi. Et vous ?

Bonne année…

Rachid Akbal

 

Cent culottes et sans papiers
Création 2019 · texte Sylvain Levey

12 mars à 14h30 au Théâtre Le Hublot à Colombes (92)
15 avril à 16h au Centre social Nelson Mandela à Brétigny-sur-Orge (91)


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Retour à Ithaque
Création 2017

5 juin à 19h dans le cadre du Festival Chahuts à Bordeaux (33)

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