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Edito MARS-AVRIL 2021

Make the spring great again

Nous venons tout juste de quitter Les Contrées sauvages, laissant derrière nous la clameur s’élever au-dessus des tours impertinentes*.

Que c’est bon de revoir la lumière, de sentir la chaleur du soleil après tous ces jours passés sous la lumière artificielle. On entend moins les oiseaux que lors du premier confinement mais le printemps s’annonce, les arbres fleurissent, les jours rallongent et les sourires, bien que masqués, rayonnent sur les visages. C’est bon d’aller gambader dans les parcs, les bois, les forêts ou sur le bord de la Seine, de la Marne, de l’Oise, du canal de l’Ourcq, pour nous les habitants de l’Île-de-France ; bien sûr, ceux des autres régions s’offrent d’autres horizons, plus larges, crémeux, escarpés, pointus, vallonnés. Pourtant, et je suis certain de ne pas être le seul, j’échangerais bien une balade sous le soleil contre un bon film dans une salle obscure, je supporterais mon voisin en train de bouffer bruyamment ses pop-corns, je l’accepterais sans masque, mastiquant sans relâche, je pousserais mon plaisir jusqu’à enfoncer ma main dans son sac, de pop-corns. J’échangerais un face à face avec la mer contre une balade dans un musée, heureux de piétiner, d’attendre patiemment mon tour, et pour un kabyle nerveux et belliqueux, c’est une épreuve, afin d’apercevoir sur la pointe de mes pieds fatigués le bout d’un tableau et, dans ce temps suspendu, je glisserais entre les appareils photographiques et les commentaires brillants emplis de ces merveilleuses phrases : « Ça ressemble à l’autre, comment il s’appelle déjà, oui, il a peint ce tableau, tu sais là, comment il s’appelle ? ». J’irais même à un concert en salle de Métallica, je me laisserais porter, le torse nu, par des bras puissants et velus, jusqu’à la scène, en hurlant « Exit light, enter night, take my hand, we’re off to never never land », sans comprendre ce que je dis. Je suis prêt à tout, je vous le jure, même écouter pendant des heures Fabrice Luchini en apnée haute nous dire Du côté de chez Swan, de l’autre là, comment il s’appelle ?

Tout je vous dis, je suis prêt à tout, Madame la Ministre Roselyne Bachelot, et je ne suis pas le seul : au moindre son échappé d’un écouteur, j’ai vu des gens bien sur eux danser dans les trams et les RER bondés. Je connais des gens, d’anciens communistes, j’ai des noms, qui vont à l’église pour écouter la messe, ou se pointent à un baptême sans être invités, juste pour le spectacle. Nous sommes à bout, nous sommes en cure de culture, nous sommes amaigris par le manque, les os de nos cages thoraciques ressemblent à des rayonnages de livres épuisés, vous jouez avec notre santé, avec nos nerfs. C’est une société post-apocalypse névrosée que vous voulez construire ? C’est ça le monde de demain ? Je ne veux pas manger de pop-corn devant Netflix ni me noyer dans ma baignoire en céramique, c’est un mensonge, je n’ai pas de baignoire, en écoutant une lecture du Temps perdu, de l’autre là, comment il s’appelle ? par les fonctionnaires de la Comédie Française, je n’ai rien contre les fonctionnaires, c’est pour faire genre je suis en colère de droite, ni faire de visite en 3D de Venise, ça existe, là ce n’est pas un mensonge, avec les résidents vaccinés de l’EHPAD de ma rue.

On veut un monde réel, on veut se toucher, enfin ça dépend qui, il ne faut pas exagérer, on veut rire ensemble, pleurer ensemble, penser ensemble, faire de rêves de papier ensemble, la culture est un bien commun essentiel, elle est l’essence de la vie, une éclosion, un vol de papillon, le chant de l’eau, l’éclat du soleil qui se reflète dans un flocon de neige, et qui annonce le printemps.

Make the spring great again, please, Madame la Ministre.

*Je fais allusion à un passage de la dernière création de la compagnie, Les Contrées sauvages.

Rachid Akbal

 

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