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Edito Novembre 2019

Il est des matins plus longs qu’une nuit d’hiver…

Ça pourrait être le début d’une nouvelle, mais ce n’est que la suite d’une longue et triste aventure. Il faut faire attention à l’usage des mots, on a beau les préparer, une fois lâchés, ils ne reviennent plus.

Ce matin long comme la nuit, l’État français, les autorités françaises, le gouvernement français, les services de l’administration française, ont délogé (embarqué) les résidents à ciel ouvert du campement de la Chapelle.

Vous qui êtes peut-être passé par cette frontière entre la Seine-Saint-Denis et la ville de Paris, ou bien vous, qui avez vu des images de ce nomansland (autant l’écrire comme cela, pour convoquer une image encore plus apocalyptique), vous avez dû ressentir toutes sortes d’émotions mêlées, un nœud d’émotion, un mélange de dégoût et de colère suivi d’un jaillissement de mots, d’un vomissement verbeux « ouing heuu, psuus psuuus », un truc informe comme cela, une traduction tolkienienne de notre impuissance face à l’inacceptable.
Bon vous qui avez entendu que ce matin, ILS sont enfin venus après avoir convoqué la presse et tous les organes possibles de sidération pour capturer des images qui seules survivront. J’entends, que certains me disent déjà : « on ne pouvait pas les laisser comme cela. » C’est vrai, je suis d’accord : on ne pouvait pas laisser COMMENCER ça comme cela.

Douce France, cher pays de tolérance où se termine nos souffrances, toi la terre d’abondance, nous les suppliants, nous les misérables, nous te serons pour toujours reconnaissants, d’avoir mis fin à notre errance.

Ce matin long comme la nuit, 1600 personnes encadrées par des humanitaires (policiers) sont montées dans des cars, pour être conduites vers des lieux d’hébergement secrets.
Dommage, il aurait été plus simple d’appeler le joueur de flûte d’HamelinUBER, avec sa flûte magique, il aurait conduit ces rats des villes et des champs jusque dans la Seine voisine qui coule indifférente (mon œil, elle se souvient d’octobre 61).

Nous sommes entrés dans la campagne électorale de 2022 « glou glou glou glou », on coule…Vite ! des quotas pour les migrants. Ne soignons plus les nouveaux demandeurs d’asile, attendons qu’ils soient en conformité avec la loi nouvelle, un délai de carence devra être observé, attendons qu’ils soient complètement raplapla, alors on pourra s’en occuper médicalement.

Je suis allé à la grotte de Pech Merle à Cabrerets dans le Lot, en France (je ne change pas de sujet). Un guide à l’accent britannique (réfugié du Brexit) nous a fait un prologue avant d’entrer dans cette grotte merveilleusement ornée, chef d’œuvre exceptionnellement préservé depuis 29 000 ans. Lors de sa présentation, ce guide s’est arrêté sur deux photos : celle d’un homme d’aujourd’hui, français de souche blanc et l’homme de Pech Merle, avec ce délicieux commentaire : « cette deuxième photo n’est pas juste, elle n’a pas encore été corrigée, c’est une erreur, excuse-moi, l’homme de Pech Merle était noir ». Oui, l’homme et la femme (là c’est moi) de Pech Merle n’étaient pas blanc·he·s, mais bien NOIR·E·S.

La migration du blanc s’est produite il y a environ 8 000 ans. Les scientifiques ont ainsi mis en évidence que les ancêtres des européens actuels sont issus d’un mixage de trois populations issues de Turquie et du Caucase qui ont migré vers l’Europe de l’Ouest … Il y a eu notamment une importante migration d’éleveurs Yamnaya venus de la steppe au nord de la Mer Noire. Ces « colonisateurs » ont alors rencontré les Homo sapiens déjà présents en Europe depuis 40 000 ans. Et qui étaient noirs.

Mais tout cela n’a pas d’importance, enfin si : dans la grotte de Pech Merle, il y a une empreinte de pied, des pas saisis pour l’éternité, des empreintes émouvantes de leur passage, un témoignage de leur présence.

Les hommes de La Chapelle (car c’étaient des hommes majoritairement), nous ont laissé une empreinte indélébile, une blessure à l’âme.

Il est des matins plus longs qu’une nuit d’hiver.

Rachid Akbal

 

Cent culottes et sans papiers
Création 2019 · texte Sylvain Levey

17 novembre 2019 à 16h et 18 novembre 2019 à 10h et 14h au Théâtre de l’Usine à Eragny dans le cadre du Festival théâtral du Val d’Oise (95)

10 et 11 décembre 2019 à 10h et 14h30 au Théâtre Le Hublot à Colombes (92)

14 et 15 janvier 2020 à 20h à la Maison du Développement Culturel de Gennevilliers (92)


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Retour à Ithaque
Création 2017

Jeudi 12 et vendredi 13 décembre à 14h30 et 20h30 à La Marge dans le cadre de la saison culturelle de Lieusaint (77)

16 et 17 janvier à 10h et 14h, samedi 18 janvier à 20h30 au Centre culturel Aragon Triolet à Orly (94)

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