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Edito

La vie en multicolore

J’aime bien le TGV, surtout quand je suis assis dos au sens de la marche, je prends beaucoup de plaisir à regarder les paysages. Tout défile et disparaît devant mes yeux, un instantané d’émotions, une bulle d’images qui s’évapore, un goût de fraise tagada qui traîne sur la langue, un arc-en-ciel de couleurs qui se dilue dans le mouvement des nuages.

Souvent j’aimerais m’attarder sur un détail, un morceau du paysage, suivre la courbe féline d’une route, soulever la brume qui flotte sur un champ. Telle une caméra, j’aimerais faire un long travelling, au ralenti, le comble pour un TGV.

Il m’arrive souvent d’interpeller ma voisine ou mon voisin avec cette envie irrépressible de partager qui me caractérise : « Hé, vous avez vu ? – Quoi ? – Un chevreuil ! – Ha ! »

Une année qui se termine me donne le même sentiment. Qu’est-ce que je pourrais partager avec vous ? Les moments tristes, on préfère les oublier pour garder en tête les moments tendres, les moments de joie.

Je pourrais vous mentir et vous parler de la victoire des bleus, ce grand moment de fusion, de communion républicaine et patriotique, de lien social retrouvé que la France entière a partagé. Mais je ne l’ai pas vécu car j’étais sur scène au même moment, étant programmé au festival du conte de Chiny en Belgique. Les diables rouges (c’est le nom de l’équipe de Belgique) éliminés par les français en demi-finale, les belges revanchards m’ont programmé à l’heure de la finale France-Croatie. Ils ne savaient même pas que je préfère le rouge au bleu. Le rouge c’est la couleur de la révolution, c’est la couleur du désir, de l’utopie, des éternels rêveurs.

La couleur que je n’aime pas du tout c’est le brun. Et c’est dommage, car c’est la tendance actuelle. Le brun Erdogan ou Bolsonaro se porte en toute saison et sous tous les climats. Il y a aussi la version italienne, élégante et raffinée, mais tout aussi nauséabonde.

Le vert a ses variantes : le vert écolo fumeur d’herbe, le vert religieux bouffeur de tapis, le vert kaki chasseur tous les jours même le dimanche. J’ai rencontré dans les Pyrénées une femme dont le mari est chasseur : il élève une chevrette (la femelle du chevreuil) et un cochon-sanglier, comme quoi tout est possible. J’aurais pu rencontrer une chevrette qui élève un chasseur, mais, là, c’est plus difficile.

Et puis, il y a le jaune, qui a aussi ses dégradés, ce qui le rend insaisissable, incontrôlable quelquefois. Bien qu’il revendique la justice sociale, le jaune peut s’égarer. Le soulèvement, la révolte, peuvent virer à l’insurrection, la colère au tumulte. La sagesse populaire dit : « la colère n’est pas bonne conseillère ». Mais la résignation, le renoncement, l’obéissance n’ont jamais affranchi l’Homme de sa servitude. Et ceux qui créent la colère, s’arrangent toujours pour retourner les faibles contre les faibles, les pauvres contre les pauvres.

Bon, je vous laisse avec les mots du grand poète libanais, Salah Stétié. Voici le début du poème « Tueurs d’arc-en-ciel » :

L’homme est fait de la matière de l’arc-en-ciel,
C’est façon de dire qu’il est de couleur :
Le jaune, le bleu touareg, le noir, le rouge d’Amérique,
Le blanc, car le blanc aussi est une couleur,
Il est d’autres couleurs que je ne connais pas, qui sont à l’intérieur, dans les cœurs et les âmes,
Couleurs qui parfois paraissent, transparaissent
Dans les yeux des femmes et des hommes, dans l’iris de l’œil de l’enfant,
Iris bleu, iris violet, iris marron, iris vert,
Bel iris noir, et tous ceux-là, tous ces iris,
Tournés, comme les fleurs du même nom, en beau bouquet,
En grand jardin d’iris vers le soleil visible,
Vers la transparence de l’air, vers le feu de l’orage, vers l’invisible aussi,
Que seul l’homme voit, même s’il ne le voit qu’avec un troisième œil, œil voyant,
Tout cela, mes amis, fait de nous l’humanité…

Le Temps de Vivre – JANVIER 2019

Festival « Alors raconte ! »
Retour à Ithaque : mercredi 6 février à 21h au Hall de Paris à Moissac
L’épopée des trois fils de l’Amelohal Mustapha : jeudi 7 février à 20h30 à la salle Laurier à Montech
Ma mère l’Algérie : vendredi 8 février à 20h30 à la Salle de fêtes d’Auvillar
Programme complet du festival

La galette et le petit pot de beurre
Voeux du Temps de vivre
Jeudi 24 janvier à 18h
salle Fanfare, 6 rue du 11 novembre 1918
à Colombes