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Edito JUILLET-AOÜT 2022

Mille façons de voyager l’été

C’est l’été depuis plusieurs semaines, la planète chauffe, c’est l’été malheureusement partout. C’est la période estivale, il faut changer d’horizon. Ce sont les vacances estivales, mais pas pour tous. Quand j’étais gamin, je passais mes vacances à Aulnay-sous-Bois, aussi je voyageais seulement à la rentrée des classes, je voyageais par procuration, les copains me parlaient de la mer ou de la campagne, je me faisais des images, je me créais mon horizon, je récupérais des odeurs, je piquais aux autres les châteaux de sable et les baignades. Moi, durant l’été, je cuisais sous le soleil de mon quartier, j’en connaissais tous les recoins, et j’avais l’odeur du goudron qui fond dans le nez.

Après manger, tous les soirs à la fraîche, on suivait notre mère, on faisait religieusement le même tour du quartier, elle racontait des tas d’histoires. On avait déjà notre autorisation pour les 1 km, je me préparais pour le confinement. C’est un peu plus grand que j’ai pu patauger dans le Sausset, mon fleuve à moi, un petit ruisseau de banlieue qui a été mis dans de gros boyaux dans les années 70. C’est là que je vagabondais.

Je suis à Marcilhac-sur-Célé, dans le Lot, où j’écris ma petite chronique estivale. L’endroit est calme et reposant. Dommage que la température de l’eau ne se rapproche pas de celle de l’air. Seuls les Anglais prennent du plaisir dans cette eau devenue froide à cause du vent et des orages tombés sur le Massif central voisin. Ils font plaisir à voir, ces réfugiés du Brexit, accueillis par leurs congénères déjà installés de longue date dans le Sud-Ouest, depuis la guerre de Cent Ans, ils y ont leurs habitudes. Il faut les voir lever le coude à la terrasse du café comme des bons autochtones. Les taches de rousseur recouvrent leurs corps blancs qui virent au rouge écrevisse, et seules trahissent leurs racines british.

Ces personnes so british boivent à la santé de la déroute de Boris, le premier ministre fêtard et tête de pétard. Les so british crient God save the queen a funny régime, ce sont les nouveaux Sex Pistols* du Quercy.

Pour ceux qui ne s’emmerdent pas l’été à suivre l’actualité politique et encore moins celle d’Outre-Manche, je vous informe que plusieurs ministres anglais ont fait un bras d’honneur à Boris, ils se sont fait la belle.

Enfin une bonne nouvelle pour le président Macron, il y a quelqu’un qui est encore plus dans la merde que lui, good news. Mais, j’y pense, il se pourrait que certains ministres anglais barbotent dans le Célé, sans que ni moi, ni Darmanin le sachions.

Ah, c’est pour cela que les grenouilles s’en donnent à cœur joie, faut entendre leurs cris d’extase sous les étoiles, moi qui mettais cela sur le compte des nuits d’amour, vivre d’amour et d’eau fraîche dans le Célé. Les grenouilles lovent les Anglais, parce qu’ils ne les mangent pas.

Lecteurs de ma feuille de chou, vous ne vous sentez pas concernés par tout cela, vous êtes en vacances, ou chez vous dans votre tête, ou simplement vous refusez de travailler pour une misère, bande de fainéants**, et vous ne mangez pas de cuisses de grenouilles, quoiqu’il en soit vous voulez être loin de tous les remous vaseux du monde. De quoi voulez-vous que je vous parle pour vous intéresser ?

Je suis loin de tout ici : des glaciers qui fondent et de la canicule, aussitôt cela gonfle les ventes des climatiseurs ; de la guerre en Ukraine, aussitôt les gens se battent pour un pot de moutarde aux truffes chez Fauchon à Dijon ; des miettes de pain offertes aux pauvres par le gouvernement (un chèque de 100 €)*** et aussitôt ça gonfle les moineaux qui n’ont plus de miettes à se mettre dans le bec, déjà qu’au printemps les moineaux voient la taille de leurs testicules décupler****, du coup, ils en ont assez qu’on les prennent pour des pigeons ; ou de la Limousine blindée, à vendre sur Leboncoin, de Trump (lui, son cerveau à la taille de ses testicules, je présente aussitôt mes excuses à cet organe qui est injustement moqué), de la variole du singe ou alors de la COVID 2349, aussitôt j’applaudis le personnel hospitalier qui n’en a rien à faire de mes câlineries. Bon stop n’en jetez plus, la poubelle est pleine. Plus rien ne vous intéresse lectrices, nous sommes plongés dans du formol comme des frogs pour une dissection rapide.

Depuis quelques nuits, il m’arrive de rêver que je suis un crapaud du Célé, une Anglaise genre Lady, se penche, elle m’embrasse, je deviens roi d’Angleterre, je me retrouve dans la série The Crown, je prends l’accent français, je fais rire, c’est mon nouvel horizon, et pas de chance, Trump fonce avec sa Limousine sur le château royal.

Heureusement qu’il y a les oiseaux sur les bords du Célé pour m’apporter un peu de poésie.

Le Héron au vol lent et majestueux, bon il mange les grenouilles car il est français, la Bergeronnette des ruisseaux au vol ondulé, elle dessine des courbes entre l’air et l’eau. L’élégant Martin-pêcheur est mon préféré, les plumes bleues, le ventre orangé, il trace des lignes au ras de l’eau, il se pose, léger, sur une branche fine, et d’un seul coup, il plonge et remonte grâce à la poussée d’Archimède, il a de l’air sous ses plumes. Quand il nourrit ses petits, il entre dans le nid plongé dans l’obscurité, les petits ont au-dessus du bec une plume phosphorescente, ils sont rangés en cercle, et ils tournent ensemble à chaque entrée de Martin-pêcheur, et chacun leur tour ils reçoivent la becquée.

Quand j’étais petit dans le Sausset, il n’y avait pas de Martin-pêcheur, mais il y avait des crapauds. Je jouais à Huckleberry Finn, je les attrapais à la main.

Il y a mille façons de voyager l’été. Il y en a qui ne partent jamais, et qui voyagent dans leurs têtes. Alors quand juillet arrive, j’ai toujours un pincement au cœur, j’ai toujours la sensation que le goudron fond autour de moi. Cela ne m’empêche pas heureusement de vous souhaiter un bel été.

Rachid Akbal

*Groupe mythique punk britannique des années 70. Leur tube : God save the queen a fachist regime.

**Un article du Point insulte ceux qui refusent de travailler pour des peanuts avec des horaires pas acceptables.

***Pour aider les pauvres à rester pauvres, c’est le cadeau du gouvernement pour combattre l’inflation.

****Visitez le site de la Hulotte, il nous raconte la vie sauvage des animaux, des arbres et des plantes. C’est plein d’humour.

P.S. : nous venons d’apprendre la malheureuse démission de Boris Johnson. Les grenouilles du Célé l’attendent…

 

 

 

Rumeurs Urbaines

Festival et fabrique du conte et des arts du récit

23 édition

Vendredi 30 septembre > Samedi 29 octobre 2022

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Métamorphoses du vivant

Création 2022

Samedi 29 octobre à 20h au Théâtre Luc Donat au Tampon, La Réunion (974)
Vendredi 25 novembre 2022 à 20h30 à l’Espace culturel Boris Vian aux Ulis (91)

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