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Edito MAi-JUIN 2021

Yeah yeah yeah

Ça y est, la ligne de sortie est annoncée, le cap est tracé, les rendez-vous sont fixés, nous sommes rassurés, c’est Open Bar à l’Élysée, yeah yeah yeah.

Dans quelques années, les chroniqueurs retraceront cette journée mémorable.

Jupiter fait son footing dans le jardin d’Eden avec, dans ses oreilles divines, I’m Still Standing.

Nourri au lait de jésuite, il a été enfant de chœur et, comme tout le monde le sait, étudier chez les curés est une très bonne école pour se faire palper les cordes vocales et apprendre à chanter. Jupiter a une très bonne oreille et, où tout être normalement constitué n’aurait entendu que la voix d’Elton John, lui, Jupiter entend davantage. Touché par la grâce, aussitôt, il appelle Jeannot : « tout est sous contrôle mon Jeannot, enlève ton tablier et va faire tes courses, c’est bientôt le couvre-feu, c’est moi qui cuisine. » Jeannot sort et en profite pour rapporter toutes les lingeries qui lui ont été gentiment et gratuitement envoyées*, mais qui ne sont pas à sa taille. Et Jupiter, en plein exercice de Qi gong, imagine nos assouplissements sanitaires. Un coup de fil à la presse régionale : « I’m still standing, yeah yeah yeah. »

A vrai dire, comme beaucoup d’entre vous, j’ai découvert ces annonces dans la presse, et cette fois, j’ai écouté tous les commentaires possibles pour être certain de bien comprendre, mais aussi, car je suis un peu fourbe, d’essayer de voir derrière quel mot se cachait le diable. Et j’ai cru apercevoir, une petite queue fourchue bouger derrière le mot « pass sanitaire », je ne sais pas si vous avez vu la même chose que moi, mais moi je tenterais bien un faux billet de 50 euros là-dessus. Je sens qu’avec ce tour de passe-passe sanitaire, on va se faire yeah yeah yeah.

En tout cas, il y en a d’autres qui se sentent requinqués après leurs doses d’Astra Zeneca. Comme l’a écrit le volatile* en date du mercredi 28 avril, il se prépare un coup d’EHPAD. Maréchal les voilà, 21 avril 1961, 2002 et 2021. Ils sont toujours gonflés à bloc, ils vont exiger les pleins pouvoirs, car l’Honneur de la France est en danger, Patrie, Famille, Travail, faut vous mettre cela dans le crâne, faut vous réveiller les ami-e-s, ils ont la prostate en feu ces vieux machins, il est temps de flipper un peu, ils ne savent plus tellement comment s’en servir, mais ça peut encore tirer dans tous les sens.

Vous riez, mais ma mère m’a appelé, elle a appuyé sur la touche où il y a ma photo. Elle a taillé ses figuiers, elle veut mettre des lilas à la place. « Mais pourquoi t’as fait ça maman ? Ça ne change rien maman, lilas est un mot arabe. Pourquoi plus de vert non plus ? Quoi le vert c’est la couleur de hum hum ! ». Et du coup elle veut peindre sa pelouse synthétique en bleu, blanc, rouge. « Je ne comprends pas ce que tu dis maman, quoi tu ne veux plus écouter ta musique de hum hum ! Radio courtoisie ou RMC, je ne sais pas maman, tu trouveras bien maman, tourne le bouton, et tu les entendras, ils n’arrêtent pas de crier au loup. Qui t’a dit cela ? Mais oui ! Tu as le droit de regarder ARTE ». (Ma mère regarde ARTE, oui pour les documentaires animaliers, et je vais chez elle pour cela, je suis fourbe, je sais).

Le mieux c’est peut-être qu’elle déménage et quitte les contrées sauvages, Aulnay-Cleveland est sur la liste des villes à décontaminer. Qu’elle se rapproche de chez moi, du bon côté du périphérique, sur le Boulevard Mortier (je ne vais pas vous donner mon adresse, on ne sait jamais, ils peuvent élargir le périmètre de recherche), comme cela elle sera plus proche de moi, et encore un peu chez elle, car boulevard Mortier vivent pas mal de hum hum.

Et moi, je pourrais plus facilement aller chez elle pour voir mes documentaires animaliers, vous voyez, c’est simple. Mais en même temps, si tous ceux qui habitent les contrées sauvages viennent habiter à Paris, on ne va plus savoir qui est qui.

Je crois que je vais l’emmener avec moi dans mes écritures nomades (je commence à préparer le prochain spectacle « Métamorphoses du vivant », titre provisoire qui dure).

Je reviens d’une semaine de pistage avec mon fils, qui est guide nature dans le Lot. Apprendre à repérer, à reconnaître, mettre un nom sur les traces, les coulées, les empreintes, les pelotes, les sabots, les griffes, les griffes dans les griffes, le palimpseste du vivant. Apprendre à entendre les chants sans fin du rossignol, les imitations du geai, les cris sifflés du faucon pèlerin, suivre des yeux le vol bleu du martin-pêcheur. Goûter, sentir, les fleurs, les fruits, écraser dans ses doigts les cupules sucrées du peuplier chargées de propolis, dont les abeilles se régalent follement. Ramasser, sur le bord de la rivière, les cailloux charriés par l’eau. Remonter le cours de la rivière jusqu’à la montagne volcanique où les pierres sont nées, remonter le temps où nous n’étions que des animaux parmi d’autres animaux, où nous étions, comme les plantes et les minéraux, les enfants du vivant et les enfants de Gaïa, Gaïa fille de l’éclat du Soleil. « Écoute maman laisse-les à leurs peurs, à leurs territoires, à leur Honneur et à leur Patrie, à leurs frontières, à leurs petites histoires, non maman ce n’est pas une tondeuse à gazon, ce n’est pas Elton John non plus, c’est un geai, oui il est incroyable le geai, je te disais n’aie pas peur maman, tu n’as pas besoin de repeindre ta pelouse, non ils ne vont pas te chasser de chez toi, oui il peut tout imiter cet oiseau, il est là, regarde-le de tes yeux, tu as vu la couleur de ses plumes, oui maman, ma vieille maman, oui c’est vivant, c’est mieux qu’à la télévision…

* Cette allusion à la lingerie du premier ministre fait allusion au dessin de Philippe Mougey paru dans le Canard enchaîné en date du mercredi 28 avril. Le titre du dessin est : Les boutiques de lingeries s’estimant « essentielles » envoient des culottes à Jean Castex. On y voit Jean Castex essayer des sous-vêtements féminins et demander à Emmanuel Macron : « tu ne trouves pas que cela me boudine un peu ? ».

* Le volatile est le mot familier employé, entre autres, par les journalistes pour citer notre Canard enchaîné.

 

 

 

Rachid Akbal

 

Rumeurs Urbaines
Festival du conte et des arts du récit

22e édition du 1er au 30 octobre 2021

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Cent culottes et sans papiers
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