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Edito mai-JUIN 2022

Et si on se métamorphosait en fourmis ?

Lors du voyage en train qui m’emportait vers Marseille, la veille du premier tour de l’érection présidentielle, dans ce train qui avait pour terminus Nice et où, à chaque arrêt dans les villes du département du Var, il faut tirer la chasse d’eau pour évacuer les futurs électeurs du RN vers la fosse septique de l’hexagone ; un homme aux jambes longues et tordues, mais au regard sympathique, un homme de 1m98 au jugé, s’installa, malheureusement pour lui, dans mon carré préféré, près de l’entrée, celui où je me pose pour qu’aucun voyageur n’échappe à mon bonjour racoleur et mielleux, je le confesse !

Ma proie avait eu à peine le temps de déployer ces longs compas que, d’une voix choisie dans mon répertoire, je l’arrêtais net : « ça va vous n’êtes pas tout seul, on est chez nous aussi » mais aussitôt je dégainais mon sourire savamment travaillé, accompagné par un « je rigole », bien appuyé. J’ai senti, après une légère contraction, un relâchement de sa part.

« Et vous faites quoi comme métier ? Vous n’arrêtez pas de téléphoner » que je lui demande une heure plus tard alors qu’il revient de la plateforme, où je l’ai envoyé répondre à son cinquième appel (je me demande comment, après tant d’années, je ne me suis jamais retrouvé avec un œil au beurre noir, en écrivant ce mot je me dis qu’il est discriminant deux fois). « Je m’occupe de logistique » qu’il me dit.

Chouette que je lui dis mon baba quand j’étais petit garçon m’avait acheté la collection Tout l’univers je devais tout lire et tout comprendre oui mon Baba rêvait de faire de moi un médecin il y avait des pages coloriées dans Tout l’univers à jamais gravée dans ma mémoire reste une double page où l’on voyait un corps humain avec des petits hommes au niveau de chaque organe : ils s’activaient selon la fonction de l’organe dans le foie il y avait des caristes en bleu de travail transportant du sucre dans le cerveau des ingénieurs en cravate qui donnaient des ordres je ne me souviens pas si les intestins étaient figurés comme étant la fosse septique

STOP vous ne respirez pas quand vous parlez qu’il me demande point d’interrogation.
C’est à cause de la ponctuation que vous me dites cela point d’interrogation aussi.
Il faut organiser votre discours si vous voulez qu’on vous suive qu’il me dit point final.

Est-ce que cela à un rapport avec la logistique que je lui demande.

Non, mais ça pourrait. La logistique est essentielle à la bonne organisation de notre société marchande.

Ah ouf ! Nous entrons enfin dans un des sujets de ma chronique.

Mon rôle consiste à conseiller les nouvelles entreprises. Vous savez, qu’il me dit, les armées gagnent d’abord la guerre parce qu’elles ont une logistique solide. C’est pour cela que l’armée de Poutine, patine en Ukraine.

Là, je l’ai arrêté net. Niet, je ne vais pas parler de Poutine à chaque chronique. Il va finir par s’abonner à la newsletter. Il faut apporter du rêve, on en a besoin, mes lecteurs sont désespérés.

Vous écrivez des chroniques.

Oui et je vais parler de vous.

Du coup, nous avons parlé des fourmis, un extraordinaire modèle d’organisation. Un si petit insecte avec un si petit cerveau qui entreprend des choses si grandes (un cerveau plus gros que celui d’un éructeur d’Éric Zemmour, bon ce n’est pas difficile, cela dit entre parenthèses), les fourmis ne sont pas des moutons, non, elles ne suivent pas les autres comme cela sans réfléchir, non, chaque fourmi prend en charge une tâche, après avoir observé les autres et essayé cette tâche. L’action commune d’une colonie de fourmis est un modèle social, avant d’être un modèle économique.

Vous en êtes certain me demande mon voisin

Ben oui, j’ai lu Tout l’univers. Je lui ai aussi dit que je lui enverrai ma chronique, en nous quittant la larme à l’œil au beurre salé à la gare des Lions.

Comme nous avons un lecteur de plus, je me sens obligé d’écrire quelque chose de plus pertinent, sur la logistique bien sûr, mais en lien avec les métamorphoses du vivant qui, je vous le rappelle, est le sujet de la prochaine création de la compagnie.

Où est le rêve ? Tu guettes la suite, cher lecteur de mon cœur, tu désespères.

Et si on se métamorphosait en fourmis ? Voilà ma proposition, non pas comme chez Ovide, non, pas besoin de carapace, soit dit en passant certains insectes du Kalahari en Namibie, le plus vieux désert du monde, récupèrent les fines gouttelettes d’eau contenues dans les brouillards maritimes, sans faire aucun effort, en laissant la goutte se former sur le haut de leur carapace et ruisseler jusqu’à leur bouche.

Non, c’est un acte politique que je vous propose. Nous avons réduit l’organisation sociale des fourmis à l’organisation d‘un pays totalitaire, oui Vladimir, mais assez parlé de toi, tu ne vaux pas la vie d’une fourmi.

Et si on écoutait le chant de la terre, et si on écoutait ses vibrations comme le font les fourmis, et si on était enfin économe de ce que la Terre nous offre, et si on prenait soin de notre bonne vieille croûte de pain, non pas pour nous, mais pour tous ceux qui viendront après nous, pour ceux qui vivront tant bien que mal après nous, pour qu’ils puissent dire : « ceux qui ont vécu avant nous avaient au moins cette exigence morale, ils ont essayé, portés par l’espoir. » Alors, et si on essayait enfin résolument, radicalement, ne leur déplaise, de placer l’urgence écologique et sociale au cœur de notre engagement ?

Il y a plusieurs épisodes entre les fourmis et le roi Salomon. Celui-ci est souvent raconté :

Un jour dans le désert, le grand Salomon remarqua que, parmi l’agitation des fourmis venues à sa rencontre pour le saluer, il y en avait une qui était restée à l’écart.

Le roi lui demanda pourquoi elle ne venait pas, comme les autres, le saluer.

Elle lui répondit qu’elle ne pouvait pas s’arrêter et devait finir de déplacer la dune devant elle. Cela amusa Salomon qui lui dit : « il faut du temps, de la patience, de l’obstination et du courage pour accomplir une si grande tâche pour un être si petit comme toi. »

La fourmi répondit : « C’est une force qui me pousse, plus forte que la tempête de sable. Tu vois au grand roi Salomon, derrière cette dune vit ma bien-aimée. Et cette force, qui me pousse dans cette folie qu’on appelle amour, c’est l’espérance. »

 

 

 

Rachid Akbal

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